Chapitre 3, par Sud Education Ain

vendredi 12 novembre 2004

Rapport Thélot, chapitre 3

Le chapitre 3, consacré à l’orientation, est intitulé : « Aider les élèves à construire un projet éclairé et le respecter le mieux possible »

Résumé

Le rapport part d’un constat : actuellement, « l’orientation par défaut vers des filières de formation hiérarchisées et où la voie professionnelle est fortement dévalorisée reste la règle », et elle est « souvent difficilement réversible ».

D’où trois engagements :
1. « Aider les élèves à former un projet éclairé au cours du collège. »
2. « Respecter au mieux le choix éclairé de l’élève et de ses parents. »
3. « Faciliter les changements de parcours. »

Les mesures préconisées :
Préalables : redéfinir et équilibrer les voies de formation au lycée, en particulier la voie professionnelle. (cf ch.2)

1. Une éducation au choix. Pendant les trois années du « cycle de diversification » (5ème, 4ème, 3ème), 50 à 70 heures par an, avec une plage horaire spécifique, seraient consacrées à une « information claire et complète », donnée par les conseillers d’orientation, les professeurs, des « professionnels », les collectivités locales, les chambres des métiers...Au moyen de forums, de stages, de rencontres, grâce à l’audiovisuel et à l’Internet, il s’agirait d’informer sur :
- « la connaissance du monde du travail, des métiers et des débouchés prévisibles. »
- « la connaissance de tous les parcours de formation »
- « la connaissance de soi. »

2. Pour respecter le choix de l’élève, il faudrait
- « présenter à l’élève et à ses parents systématiquement et sur un même plan toute l’offre de formation pour un choix donné, qu’elle relève d’établissements publics, privés, agricoles, du domaine de la santé et de l’action sociale ou de centres de formation d’apprentis. »
- donner à cette offre de formation « une définition beaucoup plus souple » (le nombre de places ouvertes par formation doit être plus flexible).
- créer un « dossier scolaire personnalisé » qui pourra hiérarchiser les résultats scolaires en fonction du projet de l’élève. Par exemple, « pour un projet de formation d’électronicien, trois enseignements dominants : enseignement manuel, technologie et découverte des métiers, mathématiques. »
- créer un « conseil d’orientation » en fin de troisième, qui déciderait non seulement de l’orientation mais aussi de l’affectation précise de l’élève et lui proposerait des solutions au cas où son vœu n’aurait pu être satisfait.

3. Pour favoriser les changements de parcours, un petit paragraphe, à la fin, rappelle la possibilité de « passerelles » avec validation des acquis, à la fin de la classe de seconde ou du BEP, puis réaffirme enfin l’importance de la « formation tout au long de la vie ».

Critique

1.La demande doit s’adapter à l’offre. Une contradiction forte apparaît entre, d’une part, l’insistance sur la stratégie de l’élève et de sa famille pour construire un projet personnel (logique de demande), et, d’autre part, l’insistance sur les contraintes inhérentes au marché du travail et aux besoins de l’économie (logique d’offre). Alors que rien n’est proposé pour enrichir et diversifier l’offre publique de formation, l « éducation aux choix » est destinée à rendre la demande de l’élève conforme à « l’offre régionale et locale de formation » et aux « besoins du marché du travail ». Trois ans de propagande sous la pression des entreprises devraient suffire pour influencer des familles « mal informées » au départ et obtenir des vœux réalistes, surtout pour les familles de milieu populaire, très sensibles aux débouchés en période de chômage.

2. Un choix prétendument individuel. Les compétences individuelles, les parcours individualisés semblent déterminer l’orientation. On fait intérioriser aux élèves les choix qu’en réalité leur position sociale détermine. S’il le faut, on a recours à des psychologues, et en dernier ressort c’est le conseil d’orientation qui décide de l’affectation. Les inégalités liées au milieu social sont moins visibles

3. La fin des parcours communs. L’idée de diplômes communs et nationaux est remise en cause par la mise en place de parcours individualisés, d’un « capital formation individuel », et par l’autonomie des établissements et la soumission aux besoins de l’économie locale. A rapprocher de ce qui se passe dans le monde du travail : casse des conventions collectives, des grilles de qualification pour les remplacer par des « compétences individuelles ».

4. Le renforcement des contraintes de l’économie et du marché sur l’école. Pour aider les élèves à concevoir un « projet éclairé », l’information doit prendre en compte prioritairement les grandes tendances du marché de l’emploi, et l’offre de formation doit s’y adapter. Par l’ « éducation au choix », il s’agit d’amener les élèves à reconnaître la suprématie du marché et de l’économie. La définition des contenus de formation répond à des exigences d’adaptabilité et d’employabilité : il faut les former à la flexibilité. On les prépare aussi à la mobilité : ils ne pourront pas toujours être affectés dans un établissement de proximité, dès la constitution du projet, il faut que l’élève se résigne à être délocalisable.

5. L’entrée en force de l’entreprise dans l’école. L’école se met ouvertement au service de l’entreprise. Les « professionnels d’entreprise » joueront un rôle central dans l’élaboration des projets d’orientation. Les conseillers d’orientation (mentionnés deux fois seulement) sont réduits à un rôle de conseil technique, on les met en concurrence avec d’autres formateurs : entreprises, chambres de commerce...Les professeurs sont appelés à s’adapter à l’environnement économique, dans leur formation initiale et permanente (stages en entreprise). Le rapport recommande un « partenariat accru » entre l’école et l’entreprise (cf.ch.8).

6. La privatisation en bonne voie. Le chapitre 3 insiste lourdement sur l’obligation de présenter aux élèves l’offre de formation privée aussi bien que publique, de les mettre sur le même plan. Même insistance sur la « formation tout au long de la vie », véritable marché ouvert aux entreprises privées de formation. A rapprocher de l’AGCS dans les négociations de l’OMC, et des règles de concurrence face aux services publics dans l’Union Européenne.

7. Une conception utilitariste de l’enseignement. Pour le rapport Thélot, l’orientation, c’est l’orientation professionnelle. Ce chapitre s’intéresse surtout aux filières techniques, à tous les collégiens qui n’iront pas au lycée général et pour qui les études n’auraient pas d’autre finalité que l’entrée sur le marché du travail. Avec le livret scolaire individualisé, les enseignements non directement utilisables par l’économie seront dévalorisés. L’école devient une usine à produire de la main d’œuvre, et non un lieu où l’on peut s’enrichir par la connaissance et s’épanouir par la culture et la formation de l’esprit critique. Les heures consacrées à l’éducation au choix seront prises sur l’enseignement général ou artistique, une fois de plus. L’établissement investira toute son énergie et ses crédits dans ces projets lourds, au détriment de sa mission d’enseignement. C’est la fin programmée de la conception humaniste de l’éducation.

Compte-rendu réalisé par SUD-AIN

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