Lettre de la part de ceux qui aiment l’école

dimanche 20 juin 2004

Une enseignante ex-contractuelle, actuellement au chômage, explique son combat singulier (dans tous les sens du terme) contre les "déclassements" de contractuels en vacataires.

Lundi 1er mars, actualités de 20H sur France2. Un groupe de parents d’élèves a porté plainte pour « non-présentation d’enseignant » devant leurs enfants. Le juge leur a donné raison. Résultat : 400 € de dommages et intérêts par élève. Dit comme ça, on pourrait croire à un gag, mais ce n’en est pas un. Dit comme ça, on pourrait croire que ces parents sont gonflés, mais ont-ils eu vraiment tort d’agir de la sorte, à l’heure où notre société ne fonctionne que par et à travers l’argent ?
Il y a quelques semaines, sur France3 édition régionale de Rhône-Alpes, un chef d’établissement d’Ambérieu (Ain) se plaignait de ne pas trouver de remplaçant pour ses professeurs absents, arguant du fait que les remplaçants refusaient de se déplacer dans cette zone. Dit comme ça, on pourrait croire que les professeurs remplaçants sont des fainéants. Et pourtant ils ne le sont pas. Et pourtant bon nombre d’entre eux sont au chômage. Alors, où est le problème ? Les remplaçants existent, non-titulaires pour la plupart, et pas en poste pour la plupart depuis la rentrée 2003. La majorité d’entre eux perçoit l’ARE (l’Allocation Pour Perte d’Emploi) de la part du Rectorat. Alors quoi ? Ils préfèrent rester au chaud chez eux, payés à ne rien faire, plutôt que de pallier le manque de professeurs remplaçants ? ! C’est un comble ! Peut-être, mais c’est aussi leur seul moyen d’action pour se faire entendre....
Depuis la rentrée 2003, il a été décidé que les remplaçants non-titulaires ayant le statut de « contractuels » se verraient pour la plupart refuser ce statut au profit du statut de « vacataires ». Et alors, ils sont payés pareil, non ? Ben non.... Et ce n’est même pas une question de salaire, car si on y regarde de plus près, les heures des vacataires sont payées plus que les heures des contractuels. Ben alors, ils sont fous de refuser ! Ben non, non plus. Parce que derrière cette façade de pseudo-rentabilité, se cache une réalité ignorée du plus grand nombre. Je vous explique :

- Les contractuels bénéficient d’un contrat de travail, jusque-là, tout est normal. Sur ce contrat est spécifié le début et la fin du remplacement. Le contractuel est payé au mois, et bénéficie des congés payés. Jusque-là, tout va bien. Ce qu’on ne vous dit pas, c’est qu’un contractuel (s’il est à temps complet) gagne environ 300€ de moins / mois qu’un titulaire. Jusque-là tout paraît normal également : différence de statut, différence de salaire. Un contractuel est inspecté, comme les titulaires, et reçoit à la fin d’un remplacement un rapport de suppléance, qui part également à l’Inspection académique. Sa valeur et son expérience sont donc reconnues par l’Institution. Mais... saviez-vous qu’un contractuel qui travaille 12 mois ne cotise que 6 mois pour sa retraite ? Au nom de quoi ? Je vous le demande.... Apparemment, personne n’en sait rien. Mais j’oubliais : un contractuel peut prétendre au chômage ! Ouf ! Un instant, j’ai cru que l’on n’était plus en France.

- Les vacataires n’ont pas de contrat de travail : ils sont payés à l’heure. En gros, ils savent quand ils commencent, mais ils ne savent pas quand ils terminent. Ils n’ont pas droit aux congés payés, donc leurs revenus varient, suivant le nombre d’heures effectuées au cours du mois. Un vacataire n’a pas le droit d’effectuer plus de 200 heures au cours de la même année scolaire. Un vacataire n’a pas le droit de faire des vacations pendant plus de deux ans. Un vacataire ne peut donc pas effectuer plus de 400 heures d’enseignement. Un vacataire ne cotise à rien : ni retraite, ni chômage. Quand il a fini une mission, il n’est plus rien.

La grande majorité des contractuels actuels a débuté comme vacataire, et si elle
refuse de retrouver ce statut, c’est en connaissance de cause : parce qu’elle l’a déjà subi. De plus, une grande partie d’entre eux a déjà effectué ses deux ans de vacations, elle ne peut donc plus prétendre à ces postes. Donc, que reste-t-il comme possibilité ? Le chômage... pour ceux qui y ont droit.

Mais le problème des remplacements existe ! Ils en parlent à la télé ! Et les remplaçants existent eux aussi. Alors, où est le problème ? Le problème est tout simplement que sous prétexte de manque de crédit, l’Institution préfère employer des vacataires plutôt que des contractuels, car elle n’a pas à les prendre en charge « après », annihilant par ce biais leurs droits fondamentaux dans la législation du travail française : le droit à la retraite et aux prestations chômage. Le problème est que, malgré les engagements affichés, l’Institution ne tient pas compte de l’ancienneté des non-titulaires pour les mettre en poste, préférant faire appel à de « nouveaux vacataires » qu’à d’ « anciens contractuels ». Le problème est, surtout, qu’au milieu de ce qui pourrait s’appeler un « conflit d’intérêts », l’intérêt essentiel, celui des élèves, est laissé complètement de côté. Car si un vacataire arrive au bout de ses heures, il doit s’en aller, pour laisser la place à un autre vacataire. Les élèves peuvent ainsi, pour un même cours, avoir plusieurs enseignants d’affilée. Vous avez dit « meilleur suivi » ? ?
Le problème est, qu’à l’heure actuelle, les enseignants, et surtout les remplaçants non-titulaires sont montrés du doigt, alors qu’ils trépignent, harcèlent les Rectorats, ils veulent travailler. Mais refusent le statut de vacataires.

A l’heure où tous les médias parlent de problèmes dans les établissements scolaires, problèmes de violence, de défaut de professeurs, de classes surchargées, de suivi des élèves etc..., il est un problème dont personne ne parle : le statut des enseignants non-titulaires de l’Éducation Nationale. Ils sont motivés, ils sont prêts à travailler, prêts à partir sur un poste au pied levé, prêts à effectuer jusqu’à plus de 100 kilomètres pour rejoindre un établissement. Mais pas à n’importe quel prix. Pas au prix de se voir refuser après ce à quoi ils ont le droit de prétendre, si l’on en croit la législation du travail en France : un contrat en bonne et due forme, et tout le « pack » qui va avec.

A l’heure où tout le monde parle des intermittents du spectacle, il serait peut-être grand temps de parler des intermittents de l’Éducation Nationale, et de ce fameux statut de vacataire, qui n’en est pas un. Car il ne donne droit à rien. Quel que soit le nombre d’heures effectuées.
Pour les non-titulaires, donc, le seule moyen d’action actuellement est de refuser les postes de vacataires, créant par là même des « trous » dans les remplacements. Ils refusent pour mieux se rendre indispensables. Pour récupérer non pas un statut, mais leurs droits, tout simplement.

J’oubliais : je suis contractuelle. J’ai déjà effectué une année de vacations. J’ai 4 ans d’ancienneté. Je suis au chômage depuis la rentrée 2003. Mon inspection s’est très bien passée, merci. Mes rapports de suppléance sont excellents. J’ai refusé plusieurs postes cette année, car on voulait refaire de moi une vacataire. Mais les dizaines de milliers de kilomètres que j’ai faits depuis 4 ans, et l’investissement personnel que j’ai mis dans tous les postes où je suis passée ne méritent pas pareil sacrifice. Officiellement, je suis personnel Éducation Nationale, employée par le Rectorat de X.... Et mes élèves me manquent.

Une passionnée d’enseignement.


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