LA REFORME DES LYCEES EN QUESTIONS

lundi 8 février 2010

Comment peut-on croire que cette réforme soit dictée d’abord par des considérations pédagogiques quand elle s’inscrit dans une période où chaque année 10 à 20000 postes sont supprimés dans l’éducation nationale ?

Comment ne pas voir dans la mise en place de groupes de compétences en langues (euphémisme pour "groupes de niveaux" dont l’efficacité n’est réelle que pour les meilleurs...) ou du tronc commun en 1ère une façon d’augmenter les effectifs d’élèves devant un même enseignant et donc d’économiser quelques heures ?

Quelles considérations pédagogiques sont à l’origine de la perte, en 2nde, de l’équivalent actuel de 4 semaines de cours en français, 5 en H-Géo et Sciences Physiques, 9 en SVT, 14 en SES et un semestre (!) en ISI ?

Quelles considérations pédagogiques sont à l’origine des nouveaux enseignements d’exploration et de leurs thématiques fleurant parfois fort la démagogie (sciences et cosmétologie par exemple !) ?

Comment croire que les heures d’AP, dont le bon fonctionnement nécessitera l’utilisation de la plus grande part des 10 heures à effectif réduit, pourront compenser la perte de temps d’enseignement disciplinaire en demi-groupes ?

Comment interpréter la contradiction flagrante qu’il y a à inciter les enseignants à travailler énormément en équipe (pour l’AP, le tutorat, les stages de remise à niveau, les groupes de compétences...) alors même que le choix de la répartition établissement par établissement de plus d’un tiers de l’horaire prof en 2nde crée déjà des conflits entre enseignants, entre disciplines (ex : au lycée Descartes de Saint Genis Laval, grosses tensions entre profs de Physique et d’ISI pour savoir qui enseignera "sciences et labo" bref, qui gardera ou perdra des heures) ?

A travers le renforcement du recours au conseil pédagogique (instance non démocratique) et au volontariat (stages, tutorat), comment ne pas voir le risque d’un renforcement des pressions hiérarchiques et du clientélisme ?

Comment notre administration considère-t-elle notre métier, elle qui souhaite faire assurer des remplacements à des étudiants directement "plongés dans le bain"(108h, soit 6 semaines à plein temps, pour mémoire cela représentait jusqu’à présent une demi-année scolaire pour un enseignant stagiaire) alors même qu’ils devront en plus préparer les épreuves du master et du concours ?!! Est-il si facile d’enseigner ?

Comment notre administration considère-t-elle notre métier, elle qui nous demande au pied levé, en sus de notre enseignement disciplinaire, d’enseigner de nouvelles matières ne correspondant à aucun cursus universitaire, de devenir des spécialistes de l’orientation, d’assurer un soutien méthodologique qui transcenderait les particularités disciplinaires ?

Comment ne pas voir le considérable alourdissement de notre charge de travail qu’impliqueraient ces nouvelles missions, en terme de formation personnelle et de coordination ? Pour quelles compensations ? Rappelons que les enseignants sont peut-être la seule catégorie de salariés à n’avoir bénéficié d’aucun aménagement de son temps de travail suite au passage aux 35 heures...

Comment notre administration considère-t-elle le temps pédagogique, lent par essence, l’assimilation de nouveaux savoirs et de nouvelles pratiques nécessitant une certaine maturation, elle qui considère que des stages d’une semaine suffiront à reprendre les enseignements d’un trimestre, d’un semestre ou d’une année afin d’éviter des redoublements ou de permettre des changements d’orientation ?

Comment croire en la volonté affichée de ré-équilibrer les différentes filières du cycle terminal alors même par exemple que la baisse des horaires scientifiques en 1èreS (1h en maths, 1h30 en Physique-chimie, 1h en SVT) rend cette "voie royale" encore plus généraliste ? Cela peut-il permettre de répondre à la régulière désaffection des filières scientifiques constatée depuis plusieurs années dans l’enseignement supérieur ?

Comment ne pas penser que l’utilisation de l’AP (soutien ou approfondissement) sera différente selon les établissements et que, associée à l’assouplissement de la carte scolaire, cela contribuera à renforcer des inégalités déjà criantes ? Ne va-t-on pas tout droit vers une mise en concurrence de fait des EPLE entre eux ?

Cette réforme s’inscrit dans un contexte déjà ancien que l’on ne peut ignorer : remise en question régulière du travail des enseignants par leur administration, suppressions massives de postes, individualisation du traitement des difficultés scolaires (voir au primaire et au collège) alors même que le travail collectif est rendu plus difficile par l’augmentation régulière des effectifs de classe et la baisse des horaires collectifs (voir primaire, collège et surtout LP, une année supprimée !), interrogations régulières lancées ça et là sur la pertinence du bac comme diplôme national, remise en cause de ce caractère national par l’introduction régulière de contrôles continus, soutien aux élites (assouplissement de la carte scolaire, places réservées, financement des établissements privés par les collectivités...) mais baisse de la différenciation des moyens au profit de la différenciation des contenus (vers la fin des politiques d’éducation prioritaire), et cette liste n’est certainement pas exhaustive.

Comment attendre alors des enseignants qu’ils s’inscrivent joyeusement dans cette réforme, qu’ils n’en relèvent pas les insuffisances, la précipitation, les objectifs budgétaires et bien peu pédagogiques ?

UNE AUTRE REFORME EST NECESSAIRE !

Par exemple : maintien des horaires nationaux, baisse des effectifs par classe, augmentation des heures d’enseignement en effectifs réduits (avec différenciation selon les établissements), intégration d’heures de concertation au temps de travail des enseignants, réflexion pédagogique en amont de la réforme, liberté d’expérimentation pédagogique renforcée sur la base d’un réel volontariat des enseignants et non d’une incitation hiérarchique sur des projets déjà ficelés, renforcement de la présence des COP dans les établissements, etc, etc...


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