L’« affaire Samuel Morville » n’est pas close !

La répression contre les lycéen-ne-s et les professionel-le-s de l’éducation se développe
mardi 31 mai 2005

Le mercredi 25 mai se tenait le procès en correctionnelle de Samuel Morville (militant d’Alternative Libertaire), pour « outrage » à un commissaire de police.
Au terme de l’audience, Samuel encourt 100 jours-amendes à 5 euros, soit 500 euros.Le verdict sera rendu mercredi 1er juin. Ce procès politique fait honte à la démocratie !

Contrairement aux usages, la préfecture n’a pas autorisé le
rassemblement de soutien en face du Palais de justice, alors que des dizaines de personnes (lycéen-ne-s, parents d’élèves, professeur-e-s, syndicalistes, militant-e-s politiques, etc.) étaient attendues. Le métro Cité a été fermé pour la matinée et un impressionnant dispositif
policier avait été mis en place. Après avoir dispersé un premier rassemblement opéré à l’initiative des
militant-e-s d’Alternative libertaire, la police n’a pu empêcher le regroupement spontané des dizaines de personnes qui sont arrivées au fur et à mesure, et ce malgré les intimidations et les discrets coups de matraque. La démonstration de solidarité a donc été la plus forte.

Le commissaire Grubis, qui est partie civile dans cette affaire, est le responsable, sous les ordres du préfet de police, qui a suivi tout le mouvement lycéen. Sa proximité avec le pouvoir a été clairement établie quand il s’est lancé dans une analyse qu’il a présentée comme étant « le
contexte », et qui en réalité a bien constitué un discours politique classique empruntant à la fameuse et triste imagerie « des meneurs ». Sa longue diatribe politique sur l’extrême gauche et le mouvement montre que l’action judiciaire mise en œuvre est d’abord politique. Le commissaire Grubis ne s’est d’ailleurs pas privé de faire de longues digressions sur des actions du mouvement lycéen, qui n’avaient pas de rapport avec l’affaire proprement dite. Le comble du ridicule a été atteint lorsqu’il a sorti de sa poche, comme pour produire devant le tribunal une « pièce à conviction » inopinée, un énorme couteau déplié,
censé avoir été trouvé « sur le sol, après le passage d’une
manifestation lycéenne ». Ce « happening » a suscité les vives protestations de la défense, et l’étonnement dans la salle : comment un plaignant peut-il entrer armé dans un tribunal, alors que chaque membre de l’assistance est préalablement passé à la fouille ? Comment un tribunal peut-il tolérer cela ?

Les humiliations et violences subies par Samuel Morville durant son interpellation et sa détention sont inadmissibles. Samuel va déposer une plainte à ce sujet, et il fera appel du jugement.

Les observations formulées à la barre par Samuel Morville et la plaidoirie de son avocate Irène Terrel ont montré le caractère particulièrement injuste de ce procès. Sentiment d’injustice renforcé par le refus, opposé par le Tribunal, d’entendre deux témoins ; la volonté du procureur et du président de ne pas donner la parole aux témoins de la défense, au mépris du Code de procédure pénale, constitue
aussi une violation de l’article 6 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales (CEDH), en ce que les garanties à un procès équitable n’ont pas été respectées.

C’est pourquoi, quel que soit le jugement prononcé le 1er juin, Samuel Morville fera appel, et l’annulation du procès du 25 mai sera demandée. En effet, comme l’explique Agnès Herzog, vice-présidente du Syndicat de la magistrature : « Les procès-verbaux des policiers sont très difficiles à mettre en doute. La seule possibilité est d’apporter des
témoignages contredisant le procès-verbal. » En faisant appel, notre camarade refuse donc de laisser se créer un précédent qui serait préjudiciable à l’ensemble des personnes mises en examen pour « outrage », « rébellion » ou « violences » contre des policiers.

Pour finir, la médiatisation du procès de Samuel Morville ne doit pas avoir pour effet d’occulter les autres procès de lycéen(ne)s. Il est crucial que chacun(e) bénéficie de la même mobilisation de solidarité.

Par ailleurs nous rappelons que le « Collectif de soutien aux victimes de la répression du mouvement lycéen » organise une souscription : « CDPE Paris - Souscription Solidarité Lycéens », à l’adresse suivante : FCPE Paris, 14 rue d’Astorg, 75008 Paris.


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