Je suis nouveau à SUD... mais je me soigne !

jeudi 15 avril 2004

Débarquer à SUD : sous les pavés, le syndicat ?

Mercredi, 17 heures... J’arrive rue du gazomètre, je pousse la porte du numéro 10. C’est ma première AG de SUD éduc’. Je ne savais pas trop ce qu’était SUD avant le mouvement du printemps 2003. J’ai vu qu’ils étaient très présents, en particulier dans les cortèges des collectifs de lutte. J’ai lu leurs tracts et leurs journaux, ils me semblaient différents des autres : enfin, un syndicat qui parle d’autre chose que des mutations, qui veut être constructif, et qui ne roule pas trop des mécaniques. Dans les AG de grévistes, j’avais repéré quelques membres de SUD ; on sentait qu’ils n’avaient pas de chef, pas de discours tout fait, ça m’a mis à l’aise. J’ai envie d’agir, je sens bien qu’il faut s’unir pour résister, mais les syndicats classiques ne m’attirent pas. SUD : Solidaires, Unitaires et Démocratiques, c’est un programme qui me plaît bien. Mais je n’ai pas du tout l’habitude de ce genre de groupe, et j’appréhende le premier contact.

Quelques dizaines de personnes autour de la grande table. Le local sent encore la peinture. Chacun se présente ; beaucoup de nouveaux dans mon genre. Quatre ou cinq qui ont quitté la FSU récemment. Beaucoup d’enseignants, de la maternelle à la fac, mais aussi des étudiants, et quelques ATOSS (pas beaucoup...). Il y a même des retraités : toutes les générations sont représentées. C’est compliqué de débarquer dans un groupe militant ; j’ai peur de passer pour une ignorante ou une incapable, face à des champions du syndicalisme ! En fait, c’est convivial. Je comprends que tout se décide dans ces AG mensuelles, si possible au consensus. Les débats sont nombreux, et je n’ose pas prendre la parole. Ils veulent monter un collectif de lutte avec les précaires. Il faut décider si l’on appelle à manifester avec la ligue des droits de l’homme contre les lois Perben/Sarkozy (ce débat-là était rapide !). Bon, on traite aussi de questions techniques un peu vaseuses, mais pas trop. Ma voisine est mandatée pour aller au prochain Conseil Fédéral, où les délégués de toute la France décident des positions de SUD éducation au niveau national, sur des sujets parfois assez pointus. C’est la première fois qu’elle y va, elle est un peu inquiète. Il faut qu’elle rapporte, le plus précisément possible, la position du syndicat local. Tous les débats sont calmes, on sent une bonne écoute. Différents collègues, femmes et hommes, introduisent chaque sujet et passent la parole. Mon voisin me glisse : « c’est le collectif d’animation ». Il m’explique que les membres de ce collectif gèrent toutes les affaires courantes du syndicat, à partir des décisions de l’AG, et en plus de leur boulot bien sûr : seule une poignée a quelques heures de décharge. » Lui-même a fait partie de ce collectif d’animation pendant deux ans, puis il a laissé la place.

Deux femmes entrent dans le local, mais ne viennent pas nous rejoindre. Elles montent sur la mezzanine où se tiennent les permanences juridiques, pour les salariés du secteur privé qui passent aux prud’hommes. SUD éducation prête ses locaux à d’autres syndicats de son union syndicale interprofessionnelle SOLIDAIRES. Les débats se poursuivent. On imagine comment l’école pourrait améliorer l’accueil des élèves non-francophones ; les idées fusent, l’heure tourne. Je découvre que je ne suis pas la seule à défendre certaines valeurs. Dans mon école, mes collègues me regardent souvent comme une extra-terrestre. A SUD, je me sens en famille. Il faut décider de la position que nous défendrons à la prochaine intersyndicale au sujet du « lycée des métiers ». C’est le dernier point de l’ordre du jour. Quelqu’un sort à boire et à manger, chacun se détend. Les plus pressés se sauvent. Je sors fumer une cigarette. Il fait déjà nuit !

En buvant un verre, je bavarde avec un collègue surveillant. Il est là depuis quelques mois. En janvier, il a suivi une formation « spéciale nouvelles têtes ». Il paraît qu’une autre session sera bientôt organisée. Il m’explique aussi que j’ai intérêt à m’inscrire sur la liste de diffusion électronique, et me vante les mérites du site internet de SUD. Bon, je ne suis pas une dingue d’informatique, mais je ferai un effort. Avant de partir, je récupère des affiches à mettre sur le panneau syndical de l’école. Au fait, c’est quand, la prochaine AG de SUD éduc’ ? Je suis prête à militer maintenant, « on apprend en faisant », comme dit Freinet. Mais par quoi commencer ? Rejoindre le réseau pour une éducation antisexiste ? Représenter SUD à la réunion de « convergence des luttes » ? Préparer la fête du premier mai ? Et si j’écrivais plutôt un article dans notre journal ?



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